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jeudi 28 février 2008

♪ Grantchester Meadows - 1969


Une lettre sous ma porte s’est glissée
Une lettre d’E, une lettre d’elle, d'Elodie.

Je ne connais pas Elodie, je ne l’ai jamais vu
Mais aussi clair et transparent qu’un ruisseau, elle chante
Des complaintes qui viennent, avec l’apparition de la lettre
Elodie dans son enfance a perdu son aime, son air de mélodie
Aussi, chacune de ses lettres commence par un M
Un M comme une mission, m’était confiée.

Le sujet de cette nouvelle vit, à 2000 lieues plus au sud
C’est un enfant bleu que l’on appelle, le petit homme
Oscar aurait pu jouer du tambour ou casser le verre avec sa voix
Mais il porte des béquilles et reste totalement muet
Il n’y a pas plus brisée que sa colonne vertébrale
Et ses jambes traînent sur le sol
Cependant, Oscar préfère rester debout
Plutôt que de vivre, sur un fauteuil à roues.

L’amener à la foire du cirque est, une première idée
Découvrir ce petit homme et essayer de lire dans ses yeux
Puis, c’est en voyant les chiens à boucles royales
Faisant des sauts périlleux et numéros de voltiges glaciales
Qu’une deuxième idée est tombée sur mon visage
L’intention de fabriquer des ailes à Oscar
S’il en est d’accord, serait une bonne occupation.

Il nous fallait d’abord, trouver des plumes peu ordinaires
Je pensais à la légende du monde magique du filet à pain
Et nous avons passé 5 jours à les chercher
Quand un matin, nous sommes tombés sur un grand oiseau
Un oiseau atteignant facilement 11 pieds de haut
Qui semblait ici, seul au monde et s’ennuyer à mourir
Alors, il nous écoutait, entendait notre histoire
Et disait que même si Oscar n’ouvrait pas la bouche et ne lançait aucun son
Il parlait quand même et qu’il serait bon de l’écouter.

L’oiseau décidait d’offrir ses ailes à Oscar
Puis il disparaissait comme une étoile filante noire
Le petit homme jetait ses béquilles dans le canyon et s’envolait
A ce moment là, j’ai vu le sourire d’Elodie dans le ciel.

J’ai failli dire à Elodie que j’avais un M pour elle
Mais je restais silencieux, comme le silence d’Oscar
Peut-être le lirait-elle dans mes yeux
Demain, j’aurais une nouvelle lettre d'E
en attendant, je regarde toujours son sourire dans le ciel.





samedi 23 février 2008


Ce matin à son réveil l’homme garde les yeux fermés et quand il veut les ouvrir, l’homme n’y arrive pas. Ce matin des choses ont changé, beaucoup de choses et c’est la sensation d’un corps lourd et endolori que l’homme ressent avant tout.
Puis les paupières de l’homme s’entrouvrent doucement dans une pièce blanche et lumineuse où une voix lointaine et résonnante semble vouloir lui parler. Tout va bien monsieur, reposez-vous, vous avez eu un accident. Voila ce qu’on lui a dit et le peu que l’homme a compris.
Il est 11 :21 quand la femme arrive dans la chambre de l’homme, c’est à dire, presque une heure après son réveil. L’homme épuisé et néanmoins ravi de revoir sa deuxième femme, celle qu’il a réussie à sauver finalement. Il pense que ces séries de rêves dans le programme l’ont exténué et qu’il se retrouve ici après un probable malaise ou une perte de conscience prolongée. Ceci est plus ou moins vrai mais ce que l’homme ignore, c’est que cette perte de conscience était un coma dans lequel il se trouvait depuis plus de 2 mois suite à un accident de la route.
Quarante-huit heures plus tard, l’homme est tiré d’affaire et peut rentrer chez lui. L’homme est déboussolé et l’homme ne comprend plus ce qu’il s’est passé ces derniers temps, d’ailleurs plus aucuns souvenirs, photos ou lettres n’existent de son ancienne femme et l’homme a du mal à se rappeler.
Il est 01 :02 cette nuit, alors que l’homme et la femme dorment profondément, qu’une tasse de thé vient se poser sur le rebord de la fenêtre. Cette tasse a volé pendant soixante-dix jours, cette tasse était le dernier programme et cette tasse n’a pu revenir plus tôt car l’homme n’en était pas sorti. L’homme ayant entraîné avec lui, la tasse et le programme dans son coma.
Dans le courant de la semaine l’homme doit prendre du repos mais l’homme est très agité et cherche dans tous les coins une preuve de son premier mariage qu’il ne trouve pas. Il pense d’abord que sa deuxième femme lui joue des tours puis le temps passe et l’homme s’aperçoit qu’il a peut-être vécu un rêve, aussi étrange soit-il, de plus de soixante jours.
L’homme et la femme reprennent leur vie d’avant, tout redevient quasiment normal, leur fille joue au milieu du salon et un programme animalier passe à la télé.
L’accident de l’homme est survenu alors qu’il poursuivait une tasse de thé invisible, dit-on. La femme est formelle, l’homme n’en boit pratiquement jamais et ne consomme aucune drogue, même pas le moindre petit médicament. Quoiqu’il en soit, l’homme reste perturbé quelques temps mais retrouve vite sa stabilité, son ancien boulot et un nouveau don de médium qui l’étonne de jour en jour.
Il est 17 :19 en cette fin d’après-midi quand l’homme se rend au petit commerce en bas de la rue voisine acheter de quoi faire un bon repas pour l’anniversaire de la femme.
L’homme prend des surgelés, deux belles tranches de viande, des pommes de terre, une bonne bouteille et se retrouve devant les marques de café.
Il est précisément 17 :33 quand une femme, dans ce même commerce et sans nul doute par un geste d’inattention, dépose dans le chariot de l’homme un sachet de thé. L’homme se retourne, voit une femme s’éclipser au fond de l’allée et tombe stupéfait sur le sachet trônant au milieu de ses achats. Il se passe quatre secondes sans que l’homme ne puisse réagir mais l’homme a vraisemblablement compris la leçon. L’homme ne va pas rechercher cette femme, l’homme dépose le thé sur son étagère et l’homme s’en va sans avoir interféré avec aucun élément capable de modifier sa vie. L’homme rentre chez lui et sait à présent qu’aucune tasse de thé ne planera à nouveau sur son existence car :
L’homme et la femme sont désormais eux-mêmes un programme à part entière.

A compter de l’instant et durant leur vie, l’homme et la femme seront heureux et n’auront plus connaissance de ce produit mais quelque part, une tasse de thé planante attendra de lancer son programme à celui ou celle qui sera prêt, à bien vouloir la manipuler et d’en visionner le contenu. Aussi, il est préférable pour tous, après la lecture de cette nouvelle, de garder cette marque de thé secrète et de ne jamais révéler son nom.


vendredi 22 février 2008


Voilà quelques mois de passés. Plus aucune tasse de thé n’a été bue, plus aucun programme n’a été visionné et l’homme a l’impression d’avoir provoqué la colère du temps car il vit désormais un véritable cauchemar. Sa femme, celle qui pense avoir ramené à la vie et qu’il ne reconnaît plus, est devenue radicalement odieuse, irritable, jalouse et paranoïaque, toutes sortes d’adjectifs aussi glorieux lui seraient également attribuables. L’homme est étranger à cette femme et l’homme depuis 2 semaines préfère vivre à l’hôtel, l’homme depuis 2 semaines regrette ce qu’il s’est passé et s’il avait su, l’homme n’aurait rien tenté et laissé le temps au temps. Mais en contrepartie, il y a une nouvelle qui n’est pas passée inaperçue et qui a déclenché un vif intérêt chez l’homme depuis quelques jours.
Lundi matin arrive par voie ferroviaire, un stock important de thé. Celui-ci serait disponible dans les rayons en début d’après-midi. Celui-ci apporterait peut-être de nouvelles réponses dans ses programmes, l’homme le savait et ne pouvait continuer à vivre ainsi.
Il est 14 :02 quand l’homme entre dans le magasin et s’apprête à acheter 3 ou 4 kilos de ce thé. L’homme regagne rapidement son hôtel et l’homme se prépare une tasse de ce thé qu’il n’a plus bu depuis des mois. L’homme est le programme, le programme est l’homme.
Deux heures plus tard, l’homme revient enfin à lui. Allongé sur le lit de cette chambre d’hôtel, l’homme se met à sourire, l’homme a revu la dernière femme, celle du magasin et l’homme pense qu’elle n’est pas vraiment morte, sauf s’il ne fait rien. Elle vit dans un endroit du programme, dans un souvenir précis et l’homme voudrait inverser le cours des choses. L’homme sait à présent laquelle des 2 femmes il aime véritablement, tout est beaucoup plus clair. L’homme sort de l’hôtel et rejoint sa voiture.
Il se dirige maintenant vers cet immeuble où, autrefois, logeait la femme qu’il avait rencontrée et qu’il a fait disparaître dans le programme par la suite. Il y a à la place du nom au deuxième interphone partant du haut de la troisième colonne un nouveau nom, mais l’homme n’hésite pas et sonne. Au bout de quelques instants une personne lui répond, alors l’homme lui demande si une femme portant tel nom et qu’il connaissait autrefois habitait bien là auparavant. La réponse est positive, cette femme vivait ici il y a de cela 3 ans, l’homme remercie et s’en va, tout coïncide, cette femme a bel et bien existé.
L’homme rentre se refaire une tasse de thé, l’homme défie ainsi les règles et les indications de la boite qui mentionnent, de ne pas boire plus d’une tasse par jour et par personne, au risque de ressentir des états de somnolence, un affaiblissement musculaire et des pertes d’attention importantes. L’homme jette la tasse par la fenêtre de l’hôtel et se laisse tomber sur le divan.
L’homme perçoit la dernière femme, celle dont il attendait un enfant. Cette femme l’attend quelque part et patiente qu’on lui redonne vie, que l’homme lui redonne vie. Toutefois la femme dans le programme lui transmet un indice, cet indice est le jour de l’accident à exactement 8 :34. L’homme doit, s’il souhaite modifier les choses, interagir encore une fois à ce moment là. Le reste du temps l’homme et la femme s’aiment et sont du thé. Puis l’homme sort du programme et dort jusqu’au lendemain.
Toute la journée l’homme pense à cette date et à cette heure de l’accident. Pour lui il n’y a qu’une seule chose à faire, revenir dans le programme, dans ce souvenir, sur cette même route et ne pas agir. Ne rien faire et laisser l’accident de la femme se produire. Alors l’homme, en rentrant du travail cette après-midi là, prépare comme à son habitude une tasse de thé, la manipule convenablement et l’envoie par la fenêtre. L’homme se concentre puis s’évanouit.
Voici l’homme dans sa voiture. L’homme se voit assis dans sa voiture, sa voiture garée devant la cabine téléphonique sur la route de l’accident. L’homme après un moment d’hésitation remarque l’horloge de sa voiture reculer minute par minute. Dans un réflexe l’homme s’apprête à démarrer, mais l’homme repose ses bras et attend. Il est 8 :35
L’homme attend toujours impeccablement silencieux et immobile. Le temps passe, 8 :34 puis 33. L’homme à cet instant n’a plus rien à faire dans le programme, l’homme à cet instant n’a plus rien à faire sur cette route. L’homme pense qu’il est du thé. L’homme se réveille, apaisé.


jeudi 21 février 2008


Il est 17 :03 quand l’homme sort du programme et 6 minutes de plus quand l’homme quitte son domicile pour aller acheter du thé au petit commerce en bas de la rue voisine. Les souvenirs se précisent et l’homme se sent proche de son but. En chemin l’homme pense à sa nouvelle femme, à leur futur enfant et au passé puis il arrive devant le magasin, entre, et se dirige vers la troisième allée sur la gauche. Ce jour là, la marque de thé préférée de l’homme, celle qu’il a toujours bue, celle qu’il a tant aimée depuis des années n’y est plus. L’homme cherche, l’homme parcourt le rayon de long en large et se sent légèrement paniqué mais l'homme garde son calme, il lui reste un peu de thé chez lui, cependant pas assez pour le mois suivant. L’homme se retrouve en face d’un autre homme, il est chef de rayon et celui-ci lui apprend qu’il n’y aura plus de ce thé pendant quelques mois, la cause est une rupture de stock. L’homme achète alors quelques filets de poisson, des légumes et du pain.
L’homme rentre chez lui, l’homme s’affaire dans la cuisine et vide sa dernière boite de thé sur la table. Il n’y a plus qu’un seul sachet. Sans sachet de cette sorte, la tasse ne peut voler. Sans tasse planante, plus de programme. L’homme se demande alors si tout ce qu’il a entrepris jusqu’à maintenant ne servirait jamais à rien mais il reste fixé sur une seule et même idée, peut-être la dernière qu’il pourrait entreprendre, se mettre en travers de l’accident, à 8 :34 précisément.
Pour l’heure le nouveau couple dîne, discute et cherche un prénom pour leur futur enfant. L’homme aime si tendrement la nouvelle femme qu’il s’en veut de lui cacher ces instants du programme qui lui sont propres, mais bientôt tout sera fini et bientôt il n’y aura plus rien à dire là-dessus.
Il est 21 :26 quand l’homme et la femme ayant fini de dîner s’en vont dans la chambre.
Toute la soirée jusqu’à qu’ils s’endorment, l’homme et la femme s’aiment et l’homme et la femme ont l’agréable sensation d’être du thé.
Le lendemain, l’homme rentre du travail à 13 :42 et n’a qu’une idée en tête. Il se prépare une tasse de thé et file à son bureau. Sur son bureau, ses notes s’empilent, des carnets avec des plans, les plans de ses rêves et tous les papiers de son boulot qu’il amène chez lui pour travailler un peu dans l’après-midi.
L’homme boit son thé comme s’il s’agissait du dernier puis lance la tasse aussi loin qu’il le peut. Le programme est l’homme, le programme est dans l’homme.
L’homme se voit instantanément dans sa voiture. L’homme se voit assis dans sa voiture, sa voiture garée devant la cabine téléphonique sur la route de l’accident. L’homme après quelques temps d’hésitation remarque l’horloge de sa voiture reculer minute par minute, l’homme démarre et l’homme fonce vers le lieu de l’accident, il est 8 :35.
En une dizaine de secondes l’homme passe la troisième et roule à vive allure quand il aperçoit la voiture de son ancienne femme. En quelques secondes sur cette même route l’homme arrive à doubler la voiture de la femme. En un dixième de secondes l’homme fait une queue de poisson devant la voiture de la femme pour l’obliger à s’arrêter et stop net au milieu de la route, la femme lui rentre dedans. Dans un dernier moment de lucidité l’homme discerne au volant de la voiture le visage de sa nouvelle femme et non de l’ancienne. A cet instant l’homme est lui-même l’auteur de l’accident. L’homme se voit tourbillonner autour des deux voitures, l’homme est du thé et dans la voiture de la femme, il n'y a plus de femme.
L’homme se réveille et se sent comme sorti d’un état d'oppression et d'étouffement. Il se remet peu à peu et se repasse tous les instants de ce programme en n’oubliant aucun détail et se demande ce qui n’a pas fonctionné. L’homme est découragé, il n’y a plus de thé. Mais l’homme découvre peu à peu, en se levant et se dirigeant dans chaque pièce de la maison, qu’il n’y a non seulement plus aucune affaire de sa nouvelle femme, mais que tout est comme avant, tout est comme avant la disparition de son ancienne femme. L’homme est troublé et ne sait plus quoi faire, comment agir, n’y comment se comporter. L’homme se saisit de son téléphone et l’homme tente d’appeler cet ancien numéro qu’il n’a plus composé depuis bientôt 3 ans. Au bout de 2 sonneries une femme répond, sa femme répond. L’homme hésite et bégaye mais arrive à lui demander quand est-ce qu'elle compte rentrer à la maison. La femme lui donne l'heure de 17 :00, 17 :00 comme d’habitude. Alors l’homme attend nerveusement son retour et se découvre une nouvelle crainte. La crainte d’avoir probablement échanger la vie des deux femmes et que ce ne soit pas la bonne qui soit morte dans cet accident à présent.


mercredi 20 février 2008


L’homme ce matin là tombe de son lit, dans quelques minutes le réveil va sonner. L’homme reste allongé par terre, fixe intensément le plafond et y perd son regard.
Cette nuit, son rêve l’entraîne peu de temps avant l’accident, toujours guidé par une tasse de thé. Cette fois-ci, il n’est pas allé voir ses clients et fonce vers le lieu de travail de la femme.
L’homme s’arrête à 1 kilomètre de l’accident, descend de sa voiture et entre dans une cabine téléphonique en face de la boulangerie et du bar tabac sur cette même nationale.
L’homme décroche et compose un numéro. A l’autre bout, la femme lui répond. L’homme fixe la route, la femme doit passer par-là, la femme doit s’arrêter. Alors l’homme demande à la femme de stopper sa voiture et de le rejoindre quand elle aura atteint son niveau. L’homme raccroche, sort de la cabine et attend au bord de la route. L’homme attend toute la matinée, l’homme attend toujours et reste au bord de la route, l’homme se voit attendre, l’homme est maintenant au pied de son lit et l’homme quitte ses pensées, se lève, éteint le réveil et se prépare pour aller travailler.
L’homme au travail ne pense plus, l’homme au travail se dit qu’il perd son temps parce que l’homme au travail aimerait bien avancer dans ses rêves et faire quelque chose où il se sentirait exister. Mais l’homme suit le quotidien s’en broncher jusqu’au jour où il décide de quitter son emploi.
L’homme passe beaucoup de temps seul, il lit et boit du thé. Mais l’homme voit toujours la femme du petit magasin en bas de la rue voisine et c’est précisément ce mois-ci que la femme vient habiter chez lui. Tous deux boivent du thé, visionnent des programmes et veulent avoir un enfant. L’homme et la femme ensemble sont heureux.
Après quelques mois, l’homme retrouve un emploi, un emploi à mi-temps, un emploi où il doit écrire ce qu’il pense de, ce qu’il ferait à la place de, ce qu’il éviterait de faire à la place de, et puis il lui reste assez de temps pour écrire sur ses propres rêves. Alors une route se dessine, un chemin de souvenirs se glisse peu à peu sur le papier et prend forme, reprend vie et lui montre un parcours sans faille, sans incident majeur jusqu’à cette coupure nette, comme une crevasse sans fin au beau milieu de la route. La femme est une serrure, la tasse de thé est une clef.
L’homme pose son stylo sur la feuille, le stylo roule jusqu’en bas de cette feuille et devant la pointe se dresse une heure derrière une date, celle du jour de l’accident à exactement 8 :34. Les souvenirs sont exacts.
Il est 15 :23 quand l’homme ce jour là rentre précipitamment chez lui, se dirige à la cuisine et se prépare une tasse de thé.
Il est précisément 15 :28 quand l’homme ayant fini son thé se prépare à lancer la tasse par la fenêtre de son bureau. Une minute de plus et l’homme visionne le programme, l’homme est dans le programme, l’homme est le programme. Sur le canapé du salon l’homme endormi donne l’impression de rêver, mais l’homme est dans une double vie, l’homme en ce moment interfère avec ce deuxième temps.
L’homme revient alors à cette matinée peuplée de doutes et d’inquiétudes.
Il est 6 :20 ce matin quand l’homme se réveille, 6 :20 est l’heure où il se lève pour aller à son ancien travail, 6 :20 où l’homme aperçoit son ancienne femme dormir à ses côtés.
Il est 6 :20 du matin quand l’homme a l’impression que tout a été effacé, que tout n’était qu’un mauvais rêve, alors l’homme se blottit contre la femme et reste à ses côtés.
Il est 7 :15 quand la femme se réveille et trois secondes de plus quand elle sort un bras de sous sa couverture pour éteindre le réveil. La femme n’a pas vu l’homme.
Il est 7 :18 quand elle se lève, qu’elle entre dans la salle de bain, s’enferme et allume le chauffage. La femme ne voit pas l’homme, la femme ne sent pas l'homme et ne l'entend pas, l’homme à cet instant n’existe pas. Alors l’homme se souvient de l’heure de l’accident, et ne sait pas s’il doit rester lui-même ou aller se servir une tasse de thé. L’homme réfléchit. Puis il passe par le garage, se saisit de sa boite à outil et met hors d’état de marche la voiture de la femme.
Il est 7 :51 quand l’homme aperçoit une tasse de thé faire plusieurs fois le tour de la maison, une minute de plus quand la femme en sort, se dirige vers la voiture, démarre et s’en va.
L’homme comprend qu’il vient de saboter la voiture de la femme dans le présent et non dans le passé. L’homme suit alors la femme et se demande par quel moyen il pourra bien l’arrêter et empêcher l’accident.


mardi 19 février 2008


Tout ce qui fait l’homme en ce moment est en train de tourbillonner sur 360 degrés et de s’engouffrer dans chaque rue de la ville. Toutes les formes et couleurs se mélangent et la vitesse de rotation augmente pour mieux trouver une stabilité de l’image.
L’homme est du thé, l’homme est dans le programme, l’homme est le programme.
L’homme se voit dans le programme errer dans les rues de la ville en direction de l’hôpital.
L’homme à l’hôpital est arrivé trop tard, la femme est déjà morte alors il prend sa voiture et sur une route qu’empruntait autrefois la femme, il y a un accident. Un terrible accident où la voiture de la femme n’a pas réchappé et l’homme s’aperçoit chercher la femme mais ne la trouve pas.
L’homme est de nouveau dans sa voiture en train de suivre une tasse en direction de chez lui.
L’homme entre, pose ses clefs et se voit la seconde d’après, immobile devant la fenêtre de son bureau, s’apprêtant à lancer une tasse. Soudain le rêve se brise. L’homme est réveillé.
L’homme a été réveillé par le bruit d’une tasse de thé se brisant dans la cuisine.
L’homme se lève et constate avec effroi, les débris et éclats d’une tasse brisée en morceau ainsi que du thé répandu en une flaque opaque au beau milieu de la cuisine. L’homme ouvre une penderie, en sort un balai, une pelle et une serpillière. L’homme nettoie et repart se coucher avec la nette certitude que ce rêve est dangereux, néanmoins l’homme qui souhaitait autrefois être du thé aimerait renouveler l’expérience.
Il est 19 :48 quand l’homme le lendemain soir arrive devant un immeuble gris et s'apprête à sonner au deuxième interphone partant du haut de la troisième colonne.
Quelques secondes après une femme répond et le système de déverrouillage de la porte d’entrée de l’immeuble s’enclenche.
Il est 19 :49 quand l’homme entre dans l’ascenseur et appuie sur le bouton du troisième étage.
L’homme en sort et se dirige vers une porte entrebâillée au fond du couloir, la femme fait son apparition. Elégante et très belle sont les mots qu’aurait voulu dire l’homme, mais l’homme offre à la femme simplement un bouquet de fleurs, une bouteille de vin et du thé.
L’homme se sent bien, se sent mieux, la femme tient la conversation, la femme est intelligente et raffinée. Le repas et la soirée se déroulent très bien. L’homme et la femme ont bu et se plaisent mutuellement mais l’homme tient ses distances, non pas dans ses gestes qui restent parfaitement modérés mais dans la discussion.
Il est 22 :33 quand l’homme une fois le repas absolument fini demande à préparer du thé.
Il est 22 :37 quand l’homme invite la femme à s’asseoir à ses côtés après avoir envoyé sa tasse par le balcon et d’en visionner le programme ensemble sur le canapé.
La tasse cette fois-ci ne montre rien que des champs, des forets, des cours d’eau puis de belles montagnes avant de se perdre et disparaître avec les couchers de soleil des bords de mer.
L’homme n’y a pas trouvé satisfaction mais l’homme ne le montre pas. La femme quant à elle, à cet instant précis, aimerait être du thé.
Il est 00 :12 quand l’homme et la femme se quittent, 00 :12 quand la femme se glisse dans les bras de l’homme et lui souhaite une bonne nuit.
L’homme après une vingtaine de kilomètres arrive chez lui, retire ses chaussures et part se coucher en contemplant silencieusement le visage de sa défunte femme trônant sur la commode dans un cadre de cuir marron.
Cette nuit là dans son sommeil, l’homme est du thé. Cette nuit là dans son sommeil, l’homme voit sa femme lui sourire et l’appeler. A son réveil l’homme qui se souvient n’aurait pas souhaité se réveiller. Alors l’homme se vide entièrement l’esprit avant de partir au travail pour ne plus penser. L’homme est très actif et fait plusieurs choses à la fois, l’homme n’aime pas rester inoccupé et se charge lui-même de son emploi du temps. L’homme a de nombreuses idées, de nouvelles façons de faire dans son activité professionnelle très efficaces, qui plaisent aux alentours notamment pour leur rapidité.
Alors l’homme à peine rentré chez lui, pense qu’il a comme une double vie. Une dans laquelle il a simplement besoin de se concentrer sur ce qu’il sait, de laisser aller la routine et l’expérience et où il n’y a pas de place aux sentiments et aux souvenirs. Puis l’autre où il se sent en proie avec lui-même, se posant continuellement des questions et en cherchant inlassablement les réponses.
Ce jour il n'aimerait être que du thé.


lundi 18 février 2008


Voilà deux ans qu’aucun thé n’a été bu, qu’aucune tasse n’a tourné. Voilà deux ans qu’il n’y a plus eu de programmes, deux ans que l’homme est seul, deux ans encore que cet homme est plongé dans la lecture. Tous les soirs des centaines de pages sont lues, des dizaines de bouquins trônent sur son bureau, mais l’homme ne rêve plus. L’homme est fatigué de mal dormir, cependant l’homme travaille bien et obtient une augmentation. L’homme se donne corps et âme à ses activités, écartant et oubliant le reste, même lui. L’homme a l’air solide mais l’homme a peur de penser à sa solitude et n’y pense pas.
Il est 19 :42 quand l’homme ce soir là se retrouve devant son assiette, devant sa côte de bœuf, son pâté, son pain et son livre disposé à droite de ses couverts. Puis quand il termine de dîner, l'homme reste une heure ou deux à continuer sa lecture dans l’éclairage vide de la cuisine, avant de poursuivre sur le canapé du salon ou dans son lit et de s’endormir.
Quelques temps passent, deux semaines pour être plus exact et c’est dans un petit commerce en bas de la rue voisine que l’homme connaîtra ce qui s’apparente à un changement radical, un bouleversement futur dans ses habitudes et sa vie.
L’homme chaque samedi matin part acheter pour la contenance de deux sacs à provisions. Avant de mettre les achats dans des sacs, ceux-ci sont baladés dans un chariot à roulettes le temps de choisir et de passer à la caisse. Au bout de l’allée de produits pour salle de bain, une femme, au bout de cette même allée l’homme. A chaque bout de cette allée, l’homme et la femme choisissent un shampoing et un savon, un nettoyant à maquillage et des gants de toilette assortis. L’homme et la femme se rapprochent du centre de l’allée sans quitter le rayon des yeux et c’est la femme qui, par un geste d’étourderie, et en plaçant un achat dans le chariot de l’homme, cause le chamboulement inaperçu pour leurs deux existences. L’homme et la femme n’ont rien distingué de particulier, ils se font un signe de politesse et continuent chacun de leur côté.
Il est 10 :22 quand l’homme passe à la caisse et remarque un produit qui n’est pas le sien. Il se retourne, cherche la femme du regard et paye l’ensemble.
Il est 10 :26 quand l’homme attend à la sortie du magasin la femme ayant égaré son produit et deux minutes se sont écoulées quand la femme en sort, se dirige vers l’homme et commence à discuter.
Il est 10 :37 quand l’homme et la femme se quittent, montent dans leur voiture respective et rentrent chez eux.
Une semaine plus tard, l’homme retourne à ce même magasin dans l’espoir incertain d’y recroiser la femme, mais la femme n’y est pas ou arrive trop tard et voit la voiture de l’homme s'enfuir. Tout son week-end l’homme le passe à lire. Tout le reste de la semaine l'homme le passe à travailler.
Le samedi d’après, l’homme et la femme se rencontrent au croisement de l'allée fruits et légumes et celle menant à la poissonnerie. L’homme ne sait pas ce qu’il lui arrive et sent son cœur s'emballer mais l'homme garde son calme. L’homme et la femme font les courses ensemble puis regagnent leur domicile et 3 jours brûlent.
Il est 20 :12 ce mardi soir quand la femme téléphone à l’homme.
Il est 20 :17 ce même mardi soir quand l’homme se décide à poser son livre.
Il est 21 :04 quand l’homme et la femme jugent bon de se souhaiter bonne soirée et de raccrocher.
L’homme après cette conversation, ne lit pas. L’homme ce soir là se dirige à la cuisine où il retire un tabouret de sous la table et le place devant les étagères. L’homme grimpe sur le tabouret et se saisit d’un carton niché au-dessus des étagères. L’homme ouvre le carton et défait du papier un ensemble de tasses et soucoupes de thé. L’homme à ces moments s'incite à reboire du thé et l'homme y parvient.
Il est 21 :28 quand l’homme ayant fini son thé, place la tasse sur la tranche conservée en équilibre avec le bout de son index et de l’autre main, le majeur recroquevillé sous le pouce, il donne une chiquenaude sur le bord de la tasse. La tasse tourne sur elle même et dessine quelques boucles. La force de rotation entraîne la tasse à terminer ses ondulations sur le ventre. L’homme la saisit dans sa main droite et ouvre la fenêtre de son bureau de la main gauche. L’homme se met de côté en face de la fenêtre, l’épaule droite en avant et la tasse derrière le corps, il lance d’un coup la tasse comme un frisbee. L’homme s’installe dans son canapé et visionne le programme.
L’homme revoit des instants du passé, sa femme, leur vie d’avant et l’accident.
Il est 22 :34 quand la tasse rentre par la même fenêtre. Il est cette même heure quand il n'y a plus de programme et que l’homme part se coucher.
Alors l’homme cette nuit rêve profondément, il rêve d’être du thé, il rêve de sauver celle qu’il aimait auparavant.


dimanche 17 février 2008


Un matin, deux semaines après, l’homme devant le miroir se rase la moitié gauche de son visage. Il trempe son rasoir dans l’eau chaude et commence par le haut de la pommette et descend jusqu’au bas de son cou. L’homme ne se coupe pas. L’homme s’essuie, enfile une chemise, prend les clefs de sa voiture sur le rebord du meuble de l’entrée et ferme la porte.
L’homme allume le chauffage dans sa voiture et attend. L’homme met la main dans sa poche et retire un téléphone, il compose un numéro. Le voisin qui ouvre à l’instant ses volets le voit à travers la buée de la vitre avant de la voiture, regardant quelque chose dans sa main. Le voisin laisse la fenêtre ouverte et disparaît. Le téléphone sonne occupé, l’homme démarre et s’en va en direction de la zone industrielle en allumant le poste de radio sur les informations.
Il est 7 :15 quand la femme se réveille, et trois secondes de plus quand elle sort un bras de sous sa couverture pour éteindre le réveil.
Il est 7 :18 quand elle se lève, qu’elle entre dans la salle de bain, s’enferme et allume le chauffage.
Il est 7 :38 quand elle en sort habillée, maquillée et coiffée. La femme part en direction de la cuisine et se prépare une tasse de thé. La théière et la femme fument dans la cuisine et attendent. La femme se lève, se sert, se rassoit, boit une gorgée puis se lève de nouveau et se dirige au salon sa tasse à la main où elle s’installe au bord du canapé. Elle pose sa tasse et vérifie le courrier de la veille. La femme note un numéro de téléphone et finit son thé.
Une fois le thé fini, la femme place la tasse sur la tranche conservée en équilibre avec le bout de son index et de l’autre main, le majeur recroquevillé sous le pouce, elle donne une chiquenaude sur le bord de la tasse. La tasse tourne comme une toupie. Se réduisant peu à peu, la force de rotation entraîne la tasse à terminer ses ondulations sur le dos. La femme la saisit dans sa main gauche et ouvre la fenêtre du salon de la main droite. La femme se met de côté en face de la fenêtre, l’épaule gauche en avant et la tasse derrière le corps, elle lance d’un coup la tasse comme un frisbee.
Il est 7 :52 quand la tasse sort part la fenêtre du salon et que la femme s’apprête à sortir de la maison. La tasse fait un tour du pâté de maisons et s’assure que la femme a convenablement quitté les lieux, puis elle s’en va en direction de la zone industrielle et croise 5 chiens errants.
Il est 7 :55 quand l’homme arrive à son travail. L’homme donne 3 poignées de main, puis 2 autres un peu plus loin. Il entre ensuite dans le vestiaire, ouvre son casier, prend une feuille, dépose un carnet et le referme. Il ressort du vestiaire, part contrôler le niveau d’huile de son camion et se dirige vers l’intérieur de l’entrepôt. L’homme croise un autre homme. Cet homme est plus âgé. Cet homme est le destinataire du coup de fil de ce matin. Son téléphone sonnait occupé car son téléphone essayait au même moment de joindre celui qui l’appelait.
L’homme après s’être entretenu avec cet autre homme plus âgé, monte dans son camion et part faire la tournée de ses clients du jour.
Il est 8 :07 quand le camion de l’homme et la tasse se croise à l’angle d’une rue. L’homme reconnaît la tasse et c’est la stupeur, quelque chose va arriver. La tasse fait plusieurs fois le tour du camion qui continue de rouler. La tasse semble vouloir lui faire prendre une direction opposée mais la conscience professionnelle de l’homme s’en écarte et suit sa route sans en changer le moindre itinéraire. La tasse se décide à partir.
Le reste du temps l’homme est emprunt aux doutes, il n’a pas la tête à ce qu’il fait et décide de rentrer chez lui pour l’heure du repas. La fenêtre du salon est encore ouverte, sur la petite table se trouve la soucoupe d’une tasse et un sachet de thé éventré.
Il est 12 :18 quand la tasse surgit de la fenêtre et vient se poser en tournant encore un peu à côté de la soucoupe. L’homme sans hésiter une seconde se dirige dans la cuisine et se prépare une tasse de thé.
Il est 12 :24 quand l’homme ayant bu son thé se dirige à son bureau et avec le même processus envoie la tasse par la fenêtre. L’homme saute dans sa voiture et suit la tasse.
La tasse le mène vers le lieu de travail de la femme et la tasse s’arrête. Sur la route, un accident. Dans l’accident, la voiture de la femme. Dans la voiture, plus de femme. L’homme court alors à l’hôpital le plus proche. La femme n’est pas morte sur le coup, elle a attendu jusqu’à 11 :07. L’homme erre et rentre chez lui. L’homme téléphone à son travail, il ne sait pas si il viendra demain, ou après-demain, on lui donne une semaine de congé.
L’homme à cet instant aimerait être du thé.


samedi 16 février 2008

" 42 schillings - La tasse de thé planante "


Un jour, deux jours jusqu’à deux centaines de jours, une journée d’été.
La femme rentre du travail, pose ses clefs, dépose son sac à main et range ses provisions dans le frigo et le congélateur. La femme sort de la cuisine et se dirige au salon.
Elle pose son courrier sur la petite table, s’affale au fond du canapé et ouvre une lettre, puis une deuxième. La femme s’allume une cigarette, tourne la tête vers sa fenêtre et rejète le courrier sur la petite table. La femme avec son pied gauche retire la chaussure de son pied droit. La femme avec son pied droit retire la chaussure de son pied gauche. Elle appuie ses jambes sur la petite table et remue ses orteils endoloris. Elle regarde ses orteils et décide pour le week-end, d’y appliquer une nouvelle couche de vernis. La femme regarde les poils de son bras sous le reflet du soleil puis tire une dernière bouffée et écrase la cigarette sur son courrier. La femme se dirige ensuite vers la salle de bain. Elle retire tous linges de la panière à linge sale et retourne dans la cuisine mettre le linge dans la machine à laver, qu’elle fait tourner après avoir enlever sa robe et sa culotte. La femme déambule en soutien-gorge et passe sur son balcon retirer quelques vêtements propres et secs. Elle se penche et ramasse deux épingles tombées par terre puis rentre, se faufile dans la salle d’eau et fait couler un bain.
Il est 5 :30 de l’après-midi. La femme est fatiguée. La femme pense à sa journée de travail. La femme compose un numéro de téléphone, attend, entend le début de la messagerie vocale et raccroche. La femme retire son dernier vêtement qui comprimait ses gros seins tout en se dirigeant vers la salle d’eau. Elle les frotte tout comme elle a frotté ses doigts de pieds endoloris puis fait disparaître une jambe dans le bain, une deuxième et s'évanouit peu à peu dans un lit de mousse chaude.
Il est 6 :30 quand l’homme rentre. L’homme est ouvrier, a les mains sales et va se les laver puis retire son tee-shirt, pose son téléphone et appelle la femme. La femme répond, la femme s’était endormie. La femme alors se lève, se rince et vide l’eau de son bain, l’homme rentre dans la salle d’eau à ce moment. L’homme lui sourit, la regarde de haut en bas et l’embrasse. La femme s’avance plus près et appuie sa poitrine contre son torse, l’homme est un homme…
Il est 7 :30 quand l’homme suivi de la femme sortent de la chambre. L’homme s’en va prendre une douche, la femme s’en va préparer à manger. L’homme se savonne en commençant par les pieds, la femme cuisine en commençant par le dessert. L’homme sort, s’habille et s’assoit à son bureau. Il soulève des papiers sous lesquels se trouve une tasse de thé. L’homme pousse tous les papiers avec son avant-bras sur un côté du bureau. Il place la tasse sur la tranche maintenue en équilibre avec le bout de son index et de l’autre main, le majeur recroquevillé sous le pouce, il donne une chiquenaude sur le bord de la tasse. La tasse tourne comme une toupie. La force de rotation se réduisant peu à peu, la tasse termine ses ondulations sur le ventre. L’homme la saisit ainsi dans sa main droite et ouvre la fenêtre de son bureau de la main gauche. L’homme se met de côté en face de la fenêtre, l’épaule droite en avant et la tasse derrière le corps puis, lance la tasse comme un frisbee. La tasse dévale la grande avenue fait un tour de rond-point et arrive en ville, au centre ville, passe devant un commissariat, un cinéma, un kiosque, deux kiosques, six magasins, 33 femmes, 26 enfants, 52 hommes, 17 vélos, 4 mobylettes, 75 voitures, 9 camions et une église.
La tasse part ensuite s’acheter une tranche de veau, un pâté, du jambon et du pain.
Il est 23 :15 quand la tasse repasse à nouveau par la fenêtre du bureau, fait quelques derniers tours avant de s’installer sur le bureau et de se couvrir pour la nuit des divers papiers à l’entour.
Il est 23 :20 quand l’homme et la femme, n’ayant plus de programmes à regarder s’en vont se coucher. L’homme est aux toilettes, la femme se lave la bouche. La femme est dans le lit, l’homme se brosse les dents. Ils s’endorment dix minutes plus tard, chacun sur l'oreiller de l'autre.
Dans deux jours, l’homme fêtera son 36eme anniversaire et possèdera 36 tasses de thé supplémentaires. La moyenne de vie d’une tasse de thé est de 3 à 4 mois. Les tasses de thé sont des caméras sur la vie, une vue sur la vie, un film aussi long qu’un voyage, tout dépend du lancement. Chaque jour est un voyage différent, une plongée en temps réel sur 360 degrés. Quand l’homme et la femme sont prêts, l’homme et la femme s’installent, observent, réagissent, prennent des notes, débattent, réfléchissent et se mettent d’accord.
Mais pour l’instant, la femme et l’homme dorment et rêvent d’être du thé.