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lundi 22 octobre 2007

J'avais une bien fameuse histoire à raconter qui commençait par:

_ On va crever !, dit la crevette
_ On va mariner !, dit Marinette

Une des deux était l'héroïne, la première à donner l'alerte, mais laquelle ?
Je me rappelle que dans un sursaut cardiaque j'ai vu des mollusques en faire autant, l'incroyable, l'impensable, l'inimaginable était devant eux.
Je crois bien apercevoir une vague de cinquante trois kilos foncer sur la foule.

Les martin-l'hermitte, les bernard-pêcheur s'emparèrent d'une caisse pleine de boules de gum, un formidable trésor à sauver, mais tout se brouille.
Je crois bien voir aussi les bigorneaux s'échapper à dos de langoustine
et des oursins à maillots rouges et bouée de sauvetage foncer dans le tas.
Les vieux homards essayant de calmer le jeu et de minimiser les risques pour le campement, mais les crabes policiers faisaient déjà évacuer les gens sur les tortues ailées. On apercevait des petits yeux s'enfouir dans le sable,
ressortir puis disparaître à nouveau.

A ce que je me souviens, tout ce beau monde était terriblement affolé
et courait dans tous les sens sans aucune vraie logique.
Mais en ce qui concerne la fin de l'histoire ça ! je m'en rappelle très bien.
On avait installé là, en bordure de courant, une grosse télé portable
et la grosse vague aperçue n'était rien d'autre qu'un vieux documentaire diffusant en boucle la même vague sur fond musical d'un opéra catastrophe.

_ Voila comment traumatiser tout un écosystème, aboya le chercheur d'inutile qui notait sur un carnet tous les événements comiques.
Mais n'oublions pas la crevette ou Marinette, une des deux, s'était jetée sur la télé et par une magnifique prise de judo, l'envoya loin dans l'eau.
Le chercheur stupéfait se dit: "ce n'est que partie remise, je reviendrai avec un écran de cinéma, diffuser Titanic, la scène où la comète s'écrase et toc !"
Mais en se retournant, il tombait nez à nez avec l'armée d'hippocampes appelée à la rescousse et après un combat acharné, il fut bientôt maîtrisé.
On le ligota et on eut à manger pendant un bon bout de temps.

Et depuis, autour d'un feu follet, on raconte à qui veut l'entendre
l'incroyable légende du monstre à vague qui vit au fond de l'eau.

jeudi 18 octobre 2007


J'ai planté des stylos sur l'autoroute
des milliers de stylos sur tous mes doutes
Toute une vie il m'a fallut
pour un jour écrire dessus
sur les nuages et puis le ciel
des mots pour qu'on m'écoute
une vie d'homme, entière j'en ai bien peur
et me voila vieux et puis boiteux
les mains dures comme du bois
remplies de cornes, d'échardes et d'ampoules
mais le coeur brave et généreux.

J'ai planté des milliers de stylos sur toutes les routes
que je me fasse arrêter c'est ce que je redoute
pour les empêcher de cheminer, leur dire de tout stopper
leur faire voir la vie, celle qu'ils oublient
la vraie et formidable vie c'est trop d'ennuis
alors depuis toujours moi j'ai semé
des stylos à feuille, d'herbe et de roseau
sans jamais m'arrêter et même sans eau
la sève est l'encre et l'encre est envie
envie de dessiner, de peindre et donner vie
de refaire le monde comme une symphonie
mais plus je travaillais et plus ils produisaient
mes récoltes en devenaient grises et avachies
alors j'y passais mes nuits et puis mes jours
mes jours et puis mes nuits
espérant redonner couleur aux élégantes
jusqu'à la mort pour ses formes naturelles
détruisant l'artificiel.

J'ai planté bien plus qu'une vie
des routes comme des hérissons
des milliers de pics qui attendaient
que le vent fasse danser sur leurs pointes
les nuages dorés, le ciel et puis l'espoir
pour graver dans l'éternité
quelques modestes messages de paix
et quand ma vie s'est terminée
même sans monnaie et que je savais
au moins j'avais essayé
de faire quelque chose
depuis que j'étais né.


mercredi 10 octobre 2007


Le onzième étage en face, trappe dans son ciel le nom d'une marque noire.
En bas, clignote de la fenêtre, l'enseigne d'un sex-shop qui vient flasher les murs insalubres de ce motel miteux, des odeurs d'une cité qui sommeille, bistrots et filles en trottoir, où les derniers soupirs, vont déserter les ruelles peu avant cinq heures.
Dans le vague, quatre feuilles tourbillonnent, je regarde en l'air et contemple les nuages illuminés, déferler et passer sur les grattes ciel jusqu'a en perdre haleine, infliger sur eux, des histoires du temps qui passe en leur offrant, toutes sortes d'intempéries pour existence.
Sur une façade, l'écho d'un train qui freine devant une foule invisible de voyageurs couchette. Pendant ce quart d'heure, deux trois taxis viennent rafler au passage, quelques flaques sur bitume qui paraissaient d'ici, comme des plaques de glace.
Après la sirène d'une voiture police, je me replonge dans mes écrits, sur un bureau tréteaux orné d'une lampe à pendule, mais rien n'y fait, ce soir je n'y arrive vraiment pas.
J'enfile un imper, sors par la cage d'escalier et passe discrètement prés du réceptionniste assoupi à son comptoir, devant un vieux match sur une télé noir et blanc. Mes pas trainent et m'entraînent vers le fleuve, à cette heure, les lampadaires se teintent d'une fameuse couleur bleue adoucissant les flots et ma raison, sensation surnaturelle d'une ville la nuit.
L'envoûtement se prolonge jusqu'au petit matin, l'atmosphère remplit mes sens de perceptions nocturnes et inflige pour mes pensées, de nouvelles méditations. Assis là, l'imagination fabrique une autre vie, ici, tout est différent, j'aime m'y perdre et rêver.
Mais croyez-moi, il faut revenir les soirs de peine lune, parce que nulle part autre, je ne l'ai vu danser ainsi. La dame blanche ne se noie pas et quand elle vient pour la visite, je remplis des pages, écris sur les murs et peins sur du papier de verre, des notes pour constellations.
Personne pour mon regard, pas un chat pour détourner mon attention sur mes fictions et puis, le clapotis de l'eau et quelques rires au loin me suffisent pour descendre dans les abîmes de la génération perdue.